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lundi, 17 avril 2006

Question fréquente

"Mais M'dame, l'auteur a-t-il pensé à tout cela quand il a écrit ce texte ?"

En général, OUI! L'auteur fait en sorte de penser à tout !
Il suffit pour s'en convaincre de se dire qu'entre l'inspiration et l'aboutissement d'un texte, quelque soit son genre littéraire, il existe des brouillons, des dizaines de feuilles de brouillons... pour la plupart des écrivains lorsqu'on les a conservées. Il existe donc, il est facile de s'en douter, des heures et des heures de travail durant lesquelles l'auteur ne doit pas se priver de raturer, d'ajouter, d'ôter, de tourner ses expressions dans tous les sens, de triturer la syntaxe, de pétrir la grammaire (et il suffit de lire par exemple les variantes aussi nombreuses que différentes pour la majorité)...
L'auteur cherche, le plus souvent, à exprimer TOUT ce qu'il pense, et pour y parvenir, il doit penser à tout. Ecrire commande de travailler, de transpirer, de s'épuiser, de s'investir dans l'écriture. L'auteur travaille sans cesse à son style, il doit se démarquer des autres écrivains, il cherche à capter l'attention du lecteur.

Toutefois, on peut s'interroger encore : l'auteur n'exprime-t-il pas plus qu'il ne veut parfois ?
Une fois encore, je répondrais oui, bien sûr ! Il ne faut pas oublier en chacun la part d'inconscient plus ou moins complexe qui nous habite : inconscient personnel et aussi inconscient collectif ! Il est donc difficile dene pas trouver dans un texte l'influence d'une époque, d'une mentalité ou d'un style de vie car chacun, même le plus grand génie littéraire qui travaillerait comme un fou ne peut échapper au poids d'une mode culturelle, esthétique, ne peut soustraire à l'influence d'une société ni à ses émotions (n'oublions pas que les critères de beauté évoluent tous les jours !). Ces influences s'expriment donc dans son écriture.

En général, la question suivante, c'est "Mais M'dame, ça nous sert à quoi d'analyser un texte ?"...

dimanche, 16 avril 2006

Absinthe et cornegidouille !

"Salut, verte liqueur, Némésis de l’orgie!
Bien souvent, en passant sur ma lèvre rougie,
Tu m’as donné l’ivresse et l’oubli de mes maux;
J’ai vu plus d’un géant pâlir sous ton étreinte!
Salut, sœur de la Mort! Apportez de l’absinthe;
Qu’on la verse à grands flots!

Il est temps à la fin que je te remercie:
Celui qui ne sait pas toute la poésie
Qu’un flacon de cristal peut porter en son flanc,
Celui-là n’a jamais près d’une table ronde,
Vu d’un œil égaré les globes et le monde
Valser en grimaçant. (...)"

Texte attribué à Alfred de Musset

Ca laisse rêveur...

Analyse elliptique

Dora, Babouche, Diego et les autres.

L'exploratrice et ses acolytes possèdent-ils vraiment une psychologie profonde ? A l'évidence leurs caractères se résument à un trait dominant (générosité ?). Comment mesurer la stimulation du développement intellectuel (cognitif, émotionnel, social ?) d'un enfant enchevêtré entre quinze minutes de publicité et son bol de céréales bourré de sucre ? Dora doit aider le tube digestif (déjà sérieusement abruti) à son sacro-saint développement psychomoteur.
In fine, le seul personnage consistant demeure Chipeur : il joue sur deux tableaux de l'action : à la fois adjuvant et opposant...mais bon...
Qui va s'alarmer devant cette mécanique implacable frelatée d'imposer à des enfants une camisole de force les empêchant de saisir le réel ? Est-ce que dès quatre ans, il leur est déjà interdit de penser ? Dora veut-elle en faire des bien-pensants bouffeurs de culture U.S?
Oulaaaa ! Je retourne au règne des machines...

jeudi, 13 avril 2006

Pourquoi Aragon est-il fade ?

Fade ? En comparaison, René Char a bien sûr un meilleur goût, une saveur de vécu, une note de questionnement, un intérêt, un mordant qui n'existe ni chez Eluard ni chez Aragon ni chez aucun autre...
Attention, il s'agit là d'une remarque tout à fait personnelle n'engageant que moi... Les textes étudiés s'inscrivent dans le cadre de séquences qui gardent un intérêt certain qu'il est inutile de préciser ici : il s'agit de faire des élèves des citoyens avertis, des hommes et des femmes dotés d'une conscience politique...
Allez : je les laisse à leur conscience, je vais me mater un bon Dora et je reviens...

Strophes pour se souvenir

Strophes pour se souvenir, 1956, Louis Aragon.

Paru dans le Roman Inachevé, sorte d'autobiographie poétique : ouvrage qui connaît un vif succès.

1 ) La forme du texte :

7 quintils, 2 rimes dans chaque strophe mais présence continue dans le texte de la rine - an {ã} (évoque Manouchian ?). Les vers sont libres mais d'une apparente régularité : forme assez classique et accessible malgré l'absence de ponctuation ; on est loin de l'hermétisme surréaliste. La structure du texte se dessine clairement : strophe 1 : le souvenir ; strophe 2 ; l'affiche et son rôle ; strophe 3 : le poète s'oppose à l'Affiche. Dernière strophe : un sacrifice qui change le monde.

2 ) Rappel du contexte historique et référentiel :

le point de départ, c'est l'Affiche rouge parue sur les murs de Paris puis des autres villes le 21 février 1944 tirées à 150 000 exemplaires qui font état de l'éxécution de 23 FTP à Suresnes au Mont-Valérien. Les Nazis veulent montrer que la Résistance qui s'organise et qui pose des problèmes face aux forces de repression n'est que du banditisme. La couleur rouge agressive et effrayante insiste sur l'aspect criminel des FTP éxécutés. Les photos des FTP arrêtés avec leurs noms, nationalités et activités veulent convaincre de l'identité subversive des criminels parce qu'ils ne sont pas Français. Le texte et le slogan de propagande ont un aspect démonstratif avec l'exclamation et l'interrogation. Les photos en bas sont violentes et veulent prouver qu'ils sont terroristes.

3 ) Les énonciations dans le poème : il y a trois énonciations.
vers 1 à 18 : le poète s'adresse aux résistants ( "nos villes" -> "vous"). Quand ? en 1956, c'est l'appel au souvenir.
vers 19 à 30 : le résistant s'adresse à Mélinée : reprise d'une lettre de Manouchian avant son éxécution.
vers 31 à la fin : le poète n'est plus présent : récit à la 3ème pers du pluriel : le recul de l'auteur et la conclusion.

4 ) Quels éléments de l'Affiche rouge sont repris dans ce texte ?
vers 6 : "vos portraits" : ce sont les photos de l'Affiche présentées sous un jour négatif : "noirs", "hirsutes", "menaçants" : chercher à provoquer l'inquiétude. Les photos sont choisies arbitrairement : la violence est l'effet recherché par les propagandistes. "Tâche de sang" : la couleur rouge de l'affiche( le crime, le sang et la Résistance) "vos noms sont difficiles"... les noms sur l'affiche.

5 ) Quelle interprétation en fait le poète ?

Le poète dénonce la volonté d'effrayer des nazis : ils veulent convaincre les passants que la Résistance n'est que du terrorisme et de la criminalité. Il dénonce : - les portraits présentés comme angoissants ; - le poète évoque la couleur rouge : le sang, la présentation criminelle des FTP sanguinaires. 2vocation des noms à consonnances étrangères : les nazis veulent les présenter comme antipathique parce qu'ils sont étrangers mais pour Aragon ils sont indubitablement Français. Pour Aragon, l'Affiche ne sert qu'à effrayer car elle est pauvre en arguments et montre l'aspect primaire de la propagande qui cherche les reflexes de rejets. Aragon exprime clairement son engagement à la cause des Résistants et les présente comme des martyrs.

6 ) Références temporelles et spatiales ?

"onze ans" : Seconde Guerre Mondiale et occupation nazie en France. Le temps passe vite et il ne faut pas oublier: appel au souvenir. "le jour durant" : la lumière, les Français semblent indifférents. "couvre-feu" : obscurité, la solidarité et la reconnaissance sont secrètes. "Fin février" : arrestation et exécution des FTP. "les mornes matins", "vos derniersmoments" et "couleur uniforme du givre" : évoque le mois de février, froid et brumeux, soulignée dans une atmosphère pénible et sombre : morosité et ambiance sinistre.
"les murs de nos villes" : le pluriel souligne que ces nombreuses affiches sont placardées partout en France.

7 ) Comment est présentée l'attitude des Français ?

"les passants", "nul ne semblait", "les gens (...) sans yeux pour vous", "des doigts errants" : Aragon présente une masse anonyme et et indéfinie ("des") qui semble indifférente le jour. "MAIS" au vers 13 souligne l'opposition la nuit : la masse bascule dans la solidarité et se relève : la "peur" (v. 10) disparaît. Inscrire "MORTS POUR LA FRANCE" est un acte de résistance et de soutien. La nuit se tient l'insurrection et montre l'échec de l'Affiche.

8 ) Comment l'auteur s'insurge-t-il contre l'Affiche ?
L'Affiche rouge présente les FTP comme des criminels à abattre car ils sont sanguinaires et terroristes. Aragon, v. 1 & 2 les montre modestes. v. 5 : le courage ; v.6 & 7 : ce sont des combattants pugnaces et ordinaires (héros modestes) ; v.11 : ils sont oubliés et anonymes. Dans la dernière strophe Aragon appelle au souvenir : le devoir de mémoire s'impose.

9 ) Quel est le sens de la lettre ?

Par cette lettre, Aragon donne la parole à Manouchian, au partisan qui va être fusillé : il est humain et non criminel, il fait part de ses émotions et de ses convictions. répétition de "Adieu". Champ lexical du bonheur et de la nature ("bonheur", "plaisir", "heureux" & "lumière", "vent", "un grand soleil d'hiver éclaire") . Il regrette d'être fusillé mais il n'éprouve aucune haine. L'amoour et la paix s'opposent à la haine et la guerre. Cette lettre est la réécriture poétique d'une véritable lettre écrite par Manouchian à sa femme mais elle s'adresse aussi à ceux qui vont survivre. Impératif et temps du futur : il d"livre un message d'avenir et d'espoir "le Bonheur", "la justice" et "nos pas triomphants". C'est en quelque sorte une réponse à l'Affiche : l'accusé se défend en exprimant paix et amour qui s'opposent radicalement à l'agressivité de l'Affiche. A l'aspect criminel s'oppose l'aspect humain.

10 ) Comparaison des deux premières strophes et de la dernière ?

le "vous" devient "ils". la première strophe : appel au souvenir, description et éloge des partisans. A la fin, c'est l'ouverture universelle qui apparaît : valeurs communes de justice, d'amour et de paix. Les hommes se sacrifient pour la paix et la liberté de toute une communauté, c'est un sacrifice qui change le monde. On passe également de l'anonymat des premiers vers "nul ne semblait vous voir" à un nombre précis martelé "vingt et trois"Les FTP soit-disant criminels prennent un visage différent : ils sont patriotes (opposition "étrangers" et "nos frères") ils deviennent Français car ils sont des martyrs et courageux.

11 ) Comment l'auteur justifie-t-il le titre de son poème ?

C'est un thème récurrent de la poésie engagée que d'appeler au devoir de mémoire. "onze ans déjà que cela passe vite" : au moment de l'écriture, le souvenir de la guerre s'efface et également le souvenir de la Résistance. La poème se veut une oeuvre de mémoire. L'Affiche représente à jamais les oubliés de l'Histoire. Aragon les réhabilite. L'importance du temps qui passe (répétition de "onze ans", adverbes "vite" et "déjà", absence de ponctuation) Il faut lutter contre l'oubli et marquer les esprits. La dernière strophe s'assimile à une épitaphe.

Conclusion : Aragon remplit toutes les contraintes du poème engagé et l'adresse au plus grand nombre. Il se détache du surréalisme pour être plus accessible et toucher. Il en revient à une forme plus traditionnelle. Il évoque tous les symboles de la Liberté et du combat pour celle-ci. Combat mené par des hommes généreux et non criminels.

mercredi, 12 avril 2006

Au sujet du brevet blanc

Vous feriez mieux de réviser mes cours !
{ plutôt que de gloser sur la question fondamentale certes, mais futile toutefois de l'intérêt de la littérature et de la culture dans un cerveau normalement constitué (oulala ! " y'a des mouches ici !")}
Il faut travailler pour se libérer des contraintes ! Alors, je ne donne pas le sujet mais pensez à BIEN relire mes cours! (conjugaisons, énonciations, modalisation et les figures de style...)
En vous remerkiant !

lundi, 10 avril 2006

Ce coeur qui haïssait la guerre...

Robert DESNOS, Ce coeur qui haissait la guerre

Petit rappel sur la poésie engagée :
- Le poète engagé prend conscience de son appartenance à une communauté et à son temps. Il renonce à devenir spectateur pour s'engager et devenir acteur : il met sa pensée et son art au service d'une cause.
- La poésie engagée est ancrée dans la réalité et dans l'Histoire : elle comporte donc des références spatiales et surtout temporelles concrètes et vérifiables.
- Dans une démarche argumentative, elle utilise des symboles, des personnifications, des allégories...
- Le but du poète engagé est de révéler la réalité, témoigner, dénoncer, transmettre un message d'espoir, persuader le lecteur d'adhérer à une cause, défendre des valeurs universelles, inciter à l'action, appeler au souvenir...
- Pour cela, le poète veut toucher le lecteur : - susciter une émotion, une indignation... - toucher son esprit : le faire réfléchir...

1 ) Indices de l'énonciation :
"je", "me", "le mien" (au milieu du texte, fin de la première strophe) : le poète tient un discours, s'adresse au lecteur, à un auditoire (impératif " Ecoutez ") ! Le démonstratif "ce" semble impliquer le coeur du poète. Le narrateur apparait au coeur du texte puis semble s'évanouir parmi des "millions d'autres coeurs" tout en s'y comparant.

2 ) Passage d'un sentiment individuel à un sentiment collectif :
" les échos", "d'autres coeurs battant comme le mien" : le poéte est en union avec ces "autres coeurs" dans un même mouvement vers la liberté. Progression : " ce coeur", "ces coeurs", "ces millions d'autres coeurs" (gradation): on est dans un mouvement d'amplification. Le passage du singulier au pluriel entre le premier et le dernier vers souligne l'importance de l'aspect collectif.

3 ) Le poème bâti sur des répétitions :
" ce coeur qui haissait la guerre", "ce coeur qui ne battait plus", "ces coeurs qui haissaient la guerre" (anaphore "ce coeur qui..."): des répétitions, des parallelismes, un refrain s'installe, une structure identique est répétée au premier et au dernier vers. On peut remarquer l'imprtance du symbole du coeur : il représente la vie et les sentiments (l'amour/la haine, la vie/la mort). Enfin, nous pouvons remarquer un polyptote des dérivés du verbe battre : bat, combat, bataille, battait, battant...
Les mots et les structures répétés prennent une force qui exprime la révolte collective

4 ) Le vers qui reprend la thèse de l'auteur :
"Révolte contre Hitler et mort à ses partisans" : vers le plus bref, le plus percutant.
Message clair et résolution du dilemme : il faut se révolter et s'armer même si l'on est pacifiste pour reconquérir sa liberté : "mot (...) Révolte" et "même mot Liberté". Valeurs qui unissent et rassemblent. implicitement, Desnons appelle les valeurs fondamentales de la République (le texte paraît un 14 Juillet). Il faut redonner espoir aux compatriotes : rébellion et résistance.

 

5 ) Caractère argumentatif :
La poésie engagée a une valeur argumentative : quels sont ces caractères dans ce texte ? Connecteurs logiques : "mais non" (dénégation) ; "pourtant", "mais" (l'objection), "et" (l'adjonction), "car" (explication). Le poète est dans une démonstration mais la thèse est implicite: "haïr la guerre" opposé à "se battre pour la paix".
Le poète semble tenir un discours de chef de guerre, il remonte ses troupes avant l'assaut.

6 )Temps verbaux :
Deux temps dominent le texte : le présent et l'impaarfait : en particulier sur un verbe réccurent : battre.
L'imparfait exprime plutôt la paix et évoque les battements du coeur qui ponctuent la vie ; le refus du combat. 
Le présent prend l'aspect de la constation et de l'observation : c'est le temps de la guerre et de l'engagement, le poète s'affirme et élargit sa volonté à la collectivité.
7 ) Musicalité et technique poétique :
Il ya des mots-clés recurrents : "coeur", "battre", "marées", "saisons" : aspect cyclique qui s'accélère dans les énoncés au présent et ralentit à l'imparfait. L'oxymore "coeur/haïr" exprime un dilemme. Allitération au vers 1 en -ba souligne la dureté du combat. Le mot d'ordre semble une phrase de propagande. Le corps est comparé à une machine de guerre ( "un bruit dans la cervelle", "oreilles qui sifflent", "sang brûlant de salpêtre et de haine", "pour la même besogne tous ces coeurs", "leur bruit"). Vocabulaire choisi : "réveiller", "se préparer", "l'aube proche" : la libération arrive. Hyperbole "la mer à l'assaut des falaises" : la mer déchaînée compare la communauté. Un vocabulaire violent : militaire et guerrier. L'importance de la dimension collective : ville, campagne, France, Français, millions...)

 

8 ) Ponctuation, tonalité et structure :
Ni rime ni vers réguliers. Alternance d'énoncés courts et d'énoncés longs. Phrases exclamatives. Ensemble qui exprime un mouvement de va-et-vient identifiableà un battement de coeur. Rapide et court, long et ample : rythme cardiaque sous l'émotion ! ("rythme des marées, rythmes des saisons")
Tonalité lyrique : présence du "je", implication du locuteur mais peu exprimée dans la longueur du texte. Utilisation de la modalisation : expression des sentiments, des doutes et des opinions du narrateur : il est sensible à ce qu'il énonce et le fait savoir au lecteur. Il fait part de son émotion.

9 ) Champs lexicaux :
la nature : "saisons", "marées", "jour", "nuit", "heures" : les cycles de la vie.
rythmes et sons : "bruit", "écho", "sifflent", "son d'une cloche" : l'appel universel à la révolte.
la vie organique : "sang", "cervelle", "veines", "oreilles", "coeurs" : le corps dans une présentation crue et naturelle.
le combat : un polyptote : "bat", "combat", "bataille", "battait", "battant"... impressionde martèlement dans une connotation guerrière renforcée par un vocabulaire de révolte : "guerre", "salpêtre", "émeute", "assaut", "révolte", "vieilles colères".

Conclusion :

Ce poème clandestin paru le 14 Juillet 1943 incite clairement à la Résistance armée et au combat. Il semble plaider pour une humanité libre et pour une lutte indiscutable pour la paix. Il faut haïr la guerre mais ne pas hésiter à utiliser ses méthodes pour s'en libérer. Le poète semble résoudre le dilemme initial : même placé devant un choix difficile, rien ne peut s'opposer à la Liberté.

dimanche, 09 avril 2006

Le lac, Lamartine.

Le Lac, Alphonse de Lamartine, ( 1790 - 1869 ), Méditations Poétiques ( 1820 )

Lecture analytique

Les Méditations Poétiques ( 1820 ) développe des thématiques de la solitude et de la mélancolie : phénomène nouveau dans la littérature française du XIXème siècle. Cet ouvrage est tout de suite perçu comme un véritable manifeste romantique, une nouveauté qui plaît car l'expression de sentiments personnels et intimes est encore inédite. Le thème de la nature, associé à une sensibilité profonde exprimés sur une tonalité élégiaque qui parcourent l'oeuvre, et Le Lac en est une illustration évidente.

Ce texte révèle un poème d'amour, une certaine détresse devant la fuite inexorable du temps ainsi qu'un certain sentiment de la nature. " Je suis le premier qui ai fait descendre la poésie du Parnasse et qui ai donné à ce qu'on nommait la Muse, au lieu d'une lyre à sept cordes de convention, les fibres mêmes du coeur de l'homme, touchées et émues par les innombrables frissons de l'âme et de la nature " ( Préface, Méditations Poétiques ).

Composition du texte : 16 strophes de 4 vers distribués en : 3 alexandrins et un vers de six pieds.
rimes croisées (abab)

Poème inspiré par Madame Charles qui était sa maîtresse rencontrée au bord du lac du Bourget.

Nous pouvons nous poser plusieurs questions à la première lecture de ce texte et dégager les principaux thèmes et différents mouvements de ce poème :

Enonciation : " ô lac " ; " ô temps " ; " ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure " ; " eternité, néant, passé, sombres abîmes, " : le poète s'adresse d'abord au lac, il apostrophe également le " temps " et prend à témoin la nature toute entière (nature austère et immuable) qui devient la confidente de l'homme et recueille sa plainte, il exprime son angoisse devant le Temps inéluctable et destructeur.

Tonalité tragique et élégiaque : expression tourmentée de sentiments mélancoliques dans un registre lyrique : le lecteur est invité à partager l'inquiétude du poète (exclamations et interrogations insistantes ; le vocabulaire choisi est expressif et les figures sont frappantes, la musicalité est très rythmée).

Ce poème peut être défini comme appartenant au domaine de l'élégie par plusieurs points : l'amour brisé est ravivé par son souvenir ; on y trouve les élans de l'âme et du coeur sur le mode de la prière et de la plainte. Les sentiments sont d'abord l'inquiétude, célébration de l'amour puis l'angoisse et la plainte.

Le champ lexical du temps renforce ce sentiment d'obsession du temps.

vers 1 : " Ainsi " : le poème commence par une impression de conclusion de rêverie ou de réflexion profonde.
vers 3-4 : " océan des âges " : métaphore du temps qui évoque son vaste infini ; l'homme est livré à ses flots malgré lui et ne peut jamais l'arrêter.
vers 5 : " ô lac ! " : personnification du lac : il devient le confident du poète sur le ton de la plainte et lui fait part de sa solitude.
vers 9 : " tu mugissais ainsi sous ses roches profondes " : en plus d'être austère et abrupte, la nature est immuable malgré le temps qui avance et emporte tout, au contraire de l'homme qui constate les changements du coeur et les douleurs qui l'accompagnent. Allitération en {ss} qui semble prolonger la plainte.
vers 12 : " ses pieds adorés " : rupture dans la strophe : le poète nous fait passer de la rigueur de la nature à la douce évocation d'un être aimé et disparu : le vers à six pieds souligne le constrate par sa position finale dans la strophe, il insiste sur la délicatesse de l'être perdu.
vers 15 : " Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence " : rythme du vers ponctué de la consonne {k} évocateur du clapotis des rames dans l'eau, de manière symétrique ( position 1, 7 et 10 ) ce qui a pour effet de renforcer l'impression d'intimité, et d'une certaine perfection dans le bonheur de l'instant vécu ( "silence", "cadence", "harmonie").
vers 17 : "tout à coup" : le poète nous entraîne dans un nouveau mouvement, le bonheur est interrompu par une supplication développée dans la strophe suivante, l'ambiance paisible se détériore.
vers 20 : " laissa tomber ces mots " : l'être perdu souffre et délivre avec difficulté des mots poignants.
strophe 6-7-8-9 : rien n'arrête le temps et l'homme ne peut pas lutter contre son destin : il doit plier devant la fuite implacable du temps. Les rythmes et le vocabulaire renforcent ce sentiment tragique d'impuissance et de douleur ; l'homme passe, la vie s'écoule, le temps et la mort emportent tout et les êtres aimés disparaissent.
Le temps passe et nous offre différents points de vue sur la condition humaine : le futur de la strophe 1 exprime une interrogation intime et à la fois universelle, sur un ton lyrique ; le présent c'est l'observation générale et la constation face à l'impuissance d'un temps qui ravit tout, aussi bien bonheur qu'être aimé ; l'imparfait c'est l'expérience vécue et le regret du bonheur perdu, Le souvenir évoqué fait revivre ce bonheur et la confession au lac permet au poète de cristalliser ces moments fugitifs, les rendre enfin éternels.
vers 40 : " eh quoi " : les tournures des phrases interro-négatives insistent sur la douleur du poète et son impuissance. Nouveau mouvement dans la progression du poème : la souffrance devient violente.

Le sentiment de la nature également incarne et recueille les états d'âme du poète livré sur le mode de la plainte mélancolique. La nature devient porteuse de charge affective et un espace spirituel dans lequel le souvenir se réactive car elle est considérée comme une amie. Les paysages immobiles et impérissables, cadres témoins de l'émotion du poète, font revivre les instants fugitifs et les conservent à jamais.

Une véritable méditation interrogative et philosophique transporte le discours d'Elvire et prolonge sa plainte:
vers 34 : " Hâtons-nous, jouissons !" : conclusion totalement épicurienne (carpe diem) : l'homme ne peut pas fixer le temps, l'éternité lui est refusée, et il faut saisir le plaisir fugitif.
vers 38 : " où l'amour à longs flots nous verse le bonheur " : perfection dans l'accord du fond et de la forme, une certaine force et une magie se dégagent du tour utilisé.
strophe 11 : accents de la douleur du poète avec l'emploi interro-négatif et aussi la répétition (anaphorique) de "quoi" : le rythme s'accélère et devient haletant. L'angoisse de l'homme est profonde et se traduit par des enchaînements et le mouvement rapide de la strophe.
vers 45 : " sombres abîmes " : apposition des éléments du temps : encore une fois le poète exprime une certaine peur effrayée face au temps tout-puissant et qui ne rend jamais rien ( image renforcée au vers 48 : " que vous nous ravissez" )strophe 13-14 : structure de répétition anaphorique dans la continuité angoissante des émotions et interrogations du poète (contraste et sentiment poignant de la nature)
Remarquons la périphrase classique vers 58 pour désigner la lune : " l'astre au front d'argent "
vers 64 : c'est la conclusion du poème : " ils ont aimé " : l"amour vainqueur et éternel. Passé composé : accompli du présent.

Nous retrouvons dans ce texte de Lamartine les thèmes lyriques classiques : l'amour perdu, la fuite inéxorable de l'amour, la plainte et la prière du poète, le deuil de l'amour intense sur un ton élégiaque.

La courbe de tes yeux

"La courbe de tes yeux..." de Paul ELUARD ( 1895-1952 )

Capitale de la douleur est paru en 1926 ; c'est son recueil poétique le plus important empreint d'un lyrisme puissant et très personnel ( c'est la pleine période surréaliste ).
C'est un poème d'amour ( thème lyrique traditionnel ) Sa femme est Gala, elle vient d'accoucher: ce texte aborde le bonheur d'aimer et le partage de cet amour.

Questions d'observation et d'intérêt du texte :

1 ) Quelle est la forme du poème ? ( strophes, mesure des vers, rimes ) Conclusion ?
3 quintils, alexandrins et décasyllabes et octosyllabes.
rimes d'abord régulières puis aléatoires...
=> les règles classiques ne sont pas vraiment respectées : par la fantaisie de la construction le poète se libère des contraintes classiques mais semble les respecter ( Surréalisme... )

2 ) La ponctuation ?
Peu de ponctuation : beaucoup de virgules.
=> Souplesse dans la construction, touche fantaisiste.

3 ) Combien y a-t-il de phrases ?
Seulement deux phrases : la première correspond à la première strophe, la deuxième aux deux dernières strpohes. Ce sont donc des phrases longues.
=> Le poète semble s'amuser et recrée à sa manière une forme nouvelle et inégale.

4 ) Qu'apporte l'observation des pronoms personnels ? des possessifs ?
" je "; "j'" ; "m'" => dénote une certaine passivité du narrateur, dans des phrases au passé.
"tes" ( x 3 ) ; "mon" ( x 2 ) => les yeux semblent enlacer le narrateur, l'envelopper.

5 ) Observons les groupes nominaux.
=> il y a de nombreuses appositions. => une longue énumération d'éléments, un jaillissement d'images.

6 ) Qui parle à qui ?
" je " parle à tu ; le poète s'adresse à son inspiratrice...
=> c'est une apostrophe qui oscille entre la prière et l'hymne religieux, la louange !

7 ) Quels grands thèmes se dégagent ?
l'amour, le regard, la nature et le monde, le temps...
=> thèmes lyriques traditionnels et modernes.

8 ) Quels champs lexicaux dominent le texte ?
forme géométrique circulaire, le temps, la nature et les quatre éléments, le regard, la naissance, la lumière, la pureté,l'appel aux sens...
=>le poète donne un aspect sacré à la gloire de cet amour ; il fait appel à tous les sens pour appréhender le monde, il semble le découvrir : il semble venir au monde ( importance de la lumière, nature printanière qui se colore...)

9 ) Quelle analyse pouvons-nous tirer des éléments relevés et des procédés rhétoriques ?
L'évocation de la douceur et d'une certaine pureté permet une connotation maternelle ( la forme arrondie domine le texte ) : la femme met au monde mais en plus le monde ne passe que par ses yeux qui en deviennent le reflet. Elle devient une véritable source de vie. Le monde s'ouvre et se révèle ; le poète évoque un paradis tranquille et sûr.
=> la dernière phrase ( = deux dernières strophes ! ) est composée d'une succession d'images et de métaphores qui révèlent une envolée lyrique : la voix du poète semble ne plus pouvoir s'arrêter. Nous observons également une certaine gradation dans les éléments du champ lexical de la nature ( le poète mentionne la feuille tout d'abord et termine par les astres ) qui vient annoncer la substance du monde et son jaillissement.

10 ) A l'analyse du premier et du dernier vers, que pouvons-nous dire ?
Le dernier vers reprend le premier : on peut remarquer un chiasme entre ces deux vers ( répétition et inversion ) ce qui renforce l'effet de symétrie et l'idée de reflet. Les deux derniers vers dénotent une certaine harmonie mystérieuse et intime.
Ces deux vers peuvent se lire liés et sans rupture de sens : ils reprennent l'ensemble du poème.

11 ) Bilan
Ce poème est un poème d'amour, un chant de louange à la femme aimée : il rappelle fortement le blason du XVIIème siècle ( petit poème qui célébrait la beauté de la femme par la description d'un détail physique et anatomique ). L'homme ne vit que par la femme, le monde dépend d'elle et son regard permet l'ouverture à l'univers.

Sonnet, ode, élégie.

Sonnet : ( de l'italien sonetto : mélodie chantée, chanson ) poème à forme fixe composé de quatorze vers ( isométriques = d'un nombre égal de pieds ) répartis en deux quatrains et deux tercets. Il aborde des thèmes de méditation et de contemplation. Né au XIII ème siècle en Italie, il est remis au goût du jour en France à la Renaissance avec Ronsard, Du Bellay, Marot...


Ode : ( du grec ôdê : chant, poème lyrique ) Elle traite un sujet noble sur un ton sublime en vers fixe et en strophes variables et parfois complexes. Elle offre une poésie morale par une approche parfois philosophique. Au XIXème et XXème, elle devient un chant de louange proche de l'hymne.


Elégie : ( du grec êlégeia : plainte, chant de deuil ) Poème formé en distiques ( deux vers accouplés ) Durant l'Antiquité, elle abordait les thèmes amoureux et principalement la plainte adressée à la bien-aimée, dans un genre dramatique ou lyrique. Au XVIème, en France, Ronsard l'utilise pour la modulation de plaintes et de prières. Le XVIIIème et XIXème siècles font du genre élégiaque une confidence plaintive sous un angle spirituel. Elle donnera naissance à la complainte.

A retenir

Genres littéraires
On caractérise un texte d'après sa forme :
- Roman
- Nouvelle
- Théâtre
- Poésie
- Autobiographie
- Correspondance ( ou épistolaire )

Types de discours
Pour déterminer la volonté de l'auteur, on définit le type de texte :
- Narratif : personnages, actions, temporalité, focalisation
- Descriptif : description des espaces, personnages ( présent ou imparfait )
- Explicatif : neutralité de l'émetteur, vérités générales, connecteurs logiques
- Argumentatif : convaincre et persuader : opinions, arguments, exemples
- Injonctif : ordres et conseils ( impératif et subjonctif )

Points de vue
Qui raconte l'histoire et comment ?
- Focalisation interne : le récit et les descriptions partent du point de vue du personnage.
- Focalisation externe : le récit et les descriptions sont extérieurs aux personnages. Le narrateur en sait moins que les personnages.
- Focalisation zéro : ( point de vue omniscient ) l'auteur sait tout.

Le discours rapporté
- Style direct : paroles rapportées entre guillemets.
- Style indirect : paroles par des subordonnées
- Style indirect libre : paroles intégrées au récit : les verbes et les pronoms sont ceux du récit : sans guillemet ni subordonnées

Le genre autobiographique
L'autobiographe est à la fois narrateur et personnage principal. Le récit passe par le " moi " de l'auteur : on suit son point de vue. On le suit dans sa recherche de l'enfance:il y porte un regard d'adulte ( indulgence, rancoeur, nostalgie ). Ce qui fait que la mémoire peut être sélective et qu'il reconstruit une certaine image de sa personnalité. Il peut chercher à se justifier.
Au-delà de l'analyse et de l'introspection, l'autobiographie alterne les temps verbaux. ( ex : passé composé et imparfait = événement antérieur ; présent = événement contemporain ; futur = événement postérieur )

Les mots composés
Pour former le pluriel, on identifie la nature de chaque élément :
- nom + nom = accord
- nom + adjectif = accord
- nom + particule invariable = accord du nom
- verbe + nom = accord du nom
Pour le reste, on fait appel à la logique :
des garde-fous = le verbe garde ne s'accorde pas
des gardes-barrière{s} = le nom garde s'accorde
des arcs-en-ciels, des choux-fleurs, des pique-niques, des portes-fenêtres...
Pour les mots composés formés avec le verbe porte, on les laisse invariables :
un porte-clés > des porte-clés
un porte-monnaie > des porte-monnaie
( mais un porte-crayons ou des porte-crayons ... )

L'accord du participe passé
- auxiliaire être : accord en genre et en nombre
- auxiliaire avoir : cod placé avant le participe passé ? on accorde le participe !
- avec les verbes pronominaux : ( ex : se gratter, se laver... )
- verbes réfléchis : qui ne se conjuguent qu'à la voie pronominale ( on ne peut pas retirer le pronom personnel se ) le participe s'accorde avec le sujet.
- verbes pronominaux non-réfléchis : ( le pronom personnel se n'est ni cod ni coi du verbe ! ) le participe s'accorde avec le sujet.
- les autres verbes pronominaux : ( se + verbe transitif )
- si le sujet est cod, le participe s'accorde avec le sujet.
- si le sujet n'est pas cod : le participe ne s'accorde pas avec le sujet.
- verbes pronominaux qui n'admettent pas de cod: le participe passé est invariable.
- participe passé suivi d'un infinitif : le participe s'accorde avec le cod.
- participe passé des verbes pronominaux suivis d'un infinitif : ( on détermine mentalement le cod ).

Alcools

Alcools, APOLLINAIRE

Contextes :

La Belle-Epoque (de 1900 à 1914) en Europe, c'est la montée des tensions politiques avec les populismes, les crises balkaniques, les crises coloniales et les alliances entre nations. On assiste à de nombreuses innovations techniques : la première ligne de métropolitain à Paris en 1900, les débuts de l'aviation, la généralisation de l'électricité, le développement des automobiles, le cinéma se répand, expansion de la presse et de la publicité (les réclames) , séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905, tensions sociales et condition ouvrière difficile, Exposition Universelle à Paris en 1900, la même année c'est la parution de L'Interprétation des rêves de S. Freud, Einstein et les Curie...
En peinture, on est dans la continuité des révolutions technique et culturelle et dans l'affranchissement des règles académiques, grâce à la naissance du Fauvisme, de l'Expressionnisme et du Cubisme (Picasso, Braque, l'art abstrait et non figuratif, le naïf avec le Douanier Rousseau...) puis plus tard Dada et le Surréalisme.

Alcools (1913) devait d'abord s'intituler Eau-de-vie et rassemble des poèmes écrits entre 1898 et 1912. A la correction des épreuves, il décide d'en supprimer toutes les ponctuations : c'est une grande nouveauté et reste un ouvrage essentiel dans la poésie du XXème siècle. Il affirme à la même époque : " le rythme et la coupe des vers : voilà la véritable ponctuation". L'ordre des textes est varié et crée un effet de surprise : c'est une marque de la poétique d'Apollinaire. Il veut que son oeuvre soit ancrée dans la modernité et suit même l'influence cubiste de ses amis peintres (Picasso, Braque, Léger...) Cependant, par certains aspects, il coéxiste dans Alcools une certaine tradition poétique. ..

Axes de réfléxion :

1 - Le titre
2 - Les origines
3 - L'ordre des poèmes
4 - Les cadres structurants
5 - Héritage et modernité
6 - Problématique des choix de lectures
7 - Les visages du poète
8 - La souffrance et la femme
9 - Regards sur le monde
10 - Formes de l'écriture et choix de construction

Apollinaire

Biographie de Guillaume Apollinaire 

 

Wilhelm Apollinaris de KOSTROWITZKY naît à Rome en 1895, fait de nombreux voyages en Europe avec sa mère et passe son adolescence sur la Côte d'Azur, en 1897 il rate son baccalauréat et se met à l'écriture sous un pseudonyme. 1899, il arrive à Paris et collectionne les petits emplois : il tombe souvent amoureux mais il se voit toujours éconduit. En 1901, il rencontre Annie Playden, une jeune Anglaise dont il tombe amoureux mais cettte dernière le repousse et Apollinaire en sera profondément touché : ce sera l'inspiration de la "Chanson du Mal-Aimé".Puis, il voyage en Allemagne le long du Rhin pendant un an.


De retour à Paris, il participe à quelques revues littéraires et artistiques : il fréquente Picasso, Braque, le Douanier Rousseau, A. Jarry, M. Jacob et A. Salmon. Pour ses besoins financiers, il écrit des textes érotiques et immoraux. Il encourage les débuts du Cubisme et fait l'éloge de certains peintres avant-gardistes. 1908, il rencontre Marie Laurencin, peintre, et vit avec elle jusqu'en 1912 : il devient le défenseur de l'Art Nouveau. Il continue de produire des textes dans différentes revues : il est toujours inspiré par l'amour et l'émergence constante de la modernité. 1913, parution d'Alcools dont il a supprimé toutes les ponctuations, qui devient le symbole de son oeuvre. Il s'intéresse au Futurisme, à l'art contemporain mais il reste malheureux de sa séparation avec M. Laurencin.


En 1914, la guerre éclate et le poète décide de s'engager mais rejeté, il part à Nice où il rencontre Louise de Coligny-Châtillon, qui deviendra " Lou" et l'inspiratrice de nombreux poèmes et lettres d'amour. Il part sur le front dans l'artillerie et vit l'horreur de la guerre mais garde l'espoir de l'amour et la force de la vie. Dans l'infanterie, il sera blessé et réformé et retourne à Paris. Il continue d'écrire et de publier (Le Poète assassiné, Calligrammes). Il continue après sa convalescence de soutenir " l'esprit nouveau " et d'éxalter les esthétiques avant-gardistes. En 1918, il meurt de la grippe espagnole. Il reste l'inspirateur des Surréalistes, le poète qui a inventé un nouveau langage poétique à la fois moderne et original...

Lyrique

La poésie lyrique dans laquelle le poète exprime ses sentiments personnels.

Le poète dit “Je” mais ce qu’il ressent concerne tout homme ; le lexique des sentiments domine, on trouve beaucoup d’interjections.

Le poète utilise des ruptures de syntaxe, des effets de musicalité et aussi de discordance pour rendre son poème plus expressif.

Pour donner plus de force à l’expression de ses sentiments, le poète utilise aussi toutes les ressources du vocabulaire (champs lexicaux, connotations...) et des figures de style.

Les grands thèmes lyriques témoignent de la sensibilité humaine : la vie, la mort, le patriotisme, l’espoir de la liberté, l’enfance, la nature, le temps qui passe, le rêve, les souffrances et les joies de la passion, la ferveur religieuse.

La poésie lyrique exprime la vie intérieure de l'auteur et cherche à émouvoir le lecteur en faisant appel à sa sensibilité. L'utilisation de la première personne crée un rapprochement et un sentiment qui va du caractère particulier à l'universel car elle favorise l'identification du lecteur.

Les thèmes de l'amour, de la mort, du temps sont à la fois intimes et urniversels.

L'auteur développe les relations de son intériorité avec la réalité concrète du monde et de la vie : d'une manière subjective, il fait part de ses interrogations, espoirs et désespoirs, souffrances et passions. Le rythme et la musicalité du poème favorisera l'émotion.

Versification et poésie

Qu’est-ce qu’un vers?
Début du vers: il est marqué par une majuscule.
Fin du vers : elle est marquée par un retour à la ligne ; le vers (contrairement à la phrase en prose) n’occupe pas forcément toute la ligne, et on peut donc trouver un espace blanc à la fin du vers.

Remarque: si le vers dépasse la ligne, alors la fin du vers ne s’aligne pas sur la marge de gauche dans la poésie classique (jusqu’au XIXème siècle), comme en prose, mais sur la marge de droite, après un crochet [

Présentation du poème
Les groupes de vers qui composent un poème s’appellent des strophes.
Il n’y a pas d’alinéa (contrairement à la marque de début de paragraphe en prose).

- On donne des noms aux strophes selon le nombre de vers qui les composent: tercet, quatrain, quintil, sizain...
Un vers isolé est mis en relief.

- Les vers sont composés de pieds. Une syllabe = un pied.
On nomme les vers selon le nombre de pieds qui les composent : alexandrins, octosyllabes, décasyllabes...
Pour compter correctement le nombre de syllabes, il faut observer certaines règles :
- le -e muet en fin de vers ne compte pas (il n’est d’ailleurs pas prononcé).
- le -e muet suivi d’un son vocalique (voyelle) ne compte pas.
- le -e muet suivi d’un son consonantique compte.
Décompte des -e: Par la Natur(e),-heureux comm(e) avec une femm(e) (Sensation de Rimbaud)
- le poète peut faire prononcer en deux sons ce qu’habituellement on ne prononce qu’en un seul : c’est une diérèse.
Exemple: “Un bohémi-en”

Jusqu’au XIXème siècle, la poésie était en vers. Au XIXème siècle, les poètes se sont libérés des contraintes portant sur la forme du poème : c’est l’invention du vers libre. La poésie peut alors prendre l’apparence de la prose.

Les rimes
La rime, c’est la répétition de sons identiques à la fin de plusieurs vers. On désigne par des lettres chaque rime différente: a, b, c...
disposition des rimes
aabb : rimes plates ou suivies abab : rimes croisées abba : rimes embrassées

valeur des rimes
On juge la valeur des rimes au nombre de sons qui sont repris : chaque son est codifié par un signe de l’Alphabet Phonétique International.
pensées / croisées: [e] 1 son commun -> rime pauvre (forcément un son vocalique)
âme / femme: [am] 2 sons communs -> rime suffisante
capitaine / lointaine: [t?n] 3 sons communs -> rime riche

genre des rimes
campagne / montagne : rime féminine (se terminant visuellement par un -e muet, donc non prononcé)
attends / longtemps: rime masculine (se terminant visuellement par toute autre lettre qu’un -e muet)

Les autres effets de sonorité

- les reprises de mots ou de groupes de mots créent un effet de sonorité et de rythme. (une reprise en début de vers ou de strophe se nomme une anaphore)
- les reprises de sons à l’intérieur des vers, dans des mots différents mais proches:
- son vocalique (voyelle) : une assonance
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant (Verlaine)
- son consonantique: une allitération
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes? (Racine)

Le rythme
il faut marquer les pauses au bon endroit et pour cela, repérer les mots qui forment un groupe cohérent.
le poète peut choisir d’écrire des groupes de mots qui débordent du vers:
- un vers déborde sur le vers suivant : c’est un enjambement.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme.
(Rimbaud)
- si le groupe de mots placé au vers suivant est très court, on parle de rejet.
Il dort dans le soleil la main sur sa poitrine,
Tranquille.
(Rimbaud)